Un tunnel différent

En 1998 durant la nuit, en plein sommeil, je me retrouve devant un mur noir. Je regarde au loin et je vois une lumière qui brille. Elle est ronde et blanche et semble distante. J’entrevois alors un mur plutôt gris, comme bariolé de lignes plus blanches, qui m’indique la direction à prendre et qui finalement se trouve à être un tunnel. Je me sens aspiré vers cette lumière comme s’il fallait traverser le plus vite possible cet étrange tunnel. Avec une force vertigineuse, je glisse, me laissant aller vers mon but.

En avançant, j’obtiens des réponses dont je ne me souviens aucunement d’avoir posé les questions. Ayant saisi de façon non intellectuelle, tout simplement par une connaissance directe, la raison du tunnel, je sais qu’à l’autre extrémité, dans la lumière, il y a une joie qui n’a aucune mesure avec nos joies humaines. Je perçois la fébrilité des gens qui m’attendent avec tout leur amour et le plaisir qu’ils auront à me recevoir. Je saisis par intuition que ce monde n’est, en fait, que la symbolique du nôtre (sans nos souffrances) et que là, tout est harmonie, joie, sérénité et d’une grande paix.

Ce monde que je ressens comme celui après la mort est beau et nous attire de sa puissance. Mais une réflexion m’envahit dans mon élan vers ce point brillant. Une intuition me raconte que ce monde est aussi illusoire, temporaire, et que ce n’est pas la réponse à notre vie matérielle. Oui, après la mort, si on a vécu une vie avec assez de conscience, une recherche de bonheur, etc.. c’est l’endroit où l’on espère aller et il existe. C’est le chemin des paradis que l’on retrouve dans bien des idéologies. Connaissant le pourquoi et la finalité, je sais que je n’ai pas à me rendre jusqu’au bout. Une force me fait faire demi-tour et je vois d’un regard furtif la lumière diminuer. Sans à coup, je me réveille heureux et détendu.


Intégration

Je n’ai pas vécu de mort imminente. J’ai vu le tunnel dont on parle et le but, et sa raison d’être. Je sais qu’en mourant, une place, un monde qui guérit nous attendent. Mais cette merveilleuse intuition y a laissé une autre ouverture. Elle m’a fait signe que ce n’est qu’un début et que l’on doit aussi mourir à ce monde pour s’étendre avec plus de grâce dans l’infini.

Marc Lavigne, Québec