Quand se lève le voile

Le 1er mars 2010, au Centre hospitalier universitaire de Québec, l'équipe de chirurgie procède à une intervention prévue tôt le matin. Suite à d'importants problèmes digestifs, on m'a conseillé cette chirurgie. Quatre heures plus tard, je me réveille avec l'impression d'avoir dormi quelques secondes. Un échange avec l'infirmière m'apprend que j'ai subi deux opérations et que les chirurgiens ont travaillé fort. Puis vers 15h 30, on m'installe dans une chambre d'hôpital.

Plus tard, encore somnolente, j’entends vaguement une voix féminine me dire : " Respirez!" Puis pendant quelque temps, plus rien; je replonge à nouveau dans un sommeil profond.

Et soudain, avec la sensation de m'entrouvrir, je me retrouve dans un espace immatériel d'une grande clarté, confortable et rassurant. Surprise, je réalise que je décède des suites de la chirurgie et je pense: "Oh c’est ça mourir!…" Je ressens un grand bien-être, je ne vois pas mon corps mais je souris de bonheur et suis étonnée d’être accueillie dans cet univers de paix même si je ne m’en sens pas digne.

Puis, j’ai l’impression d’être transportée sur un parcours plus sombre sans être ténébreux. Je m'éloigne de la terre que je perçois en retrait, recouverte au sol par une brume grisâtre. Je suis bien heureuse d’en avoir fini avec cette vie lourde et terne comparativement à la légèreté et à la pureté du monde céleste dans lequel je suis maintenant. Je ne regrette rien ni personne et il me vient alors la pensée que j’ai eu la chance de mourir facilement; les souffrances de la vieillesse et de l’agonie me seront ainsi épargnées. Je surfe un bon moment sur cette vague semblable à une longue expiration, en me demandant ce qui se passera quand j’en serai rendue au bout. Sera-ce la fin de ce bien-être ou se poursuivra-t-il indéfiniment? La réponse m'arrive rapidement.

Dans une indicible ambiance de paix et de félicité, je suis absorbée par une brume lumineuse irradiant une puissante énergie bienfaisante. À partir de cet instant, je ne suis plus seule dans mon périple; je sens la présence et l'accueil d'esprits qui vibrent à l'unisson dans le but de faire le bonheur de tous sans exception. L'intensité de l'amour qui s'en dégage est bien au-delà de ce qu'on peut connaître sur terre. Toute forme de souffrance y est totalement absente. Je me sens en parfaite harmonie avec ce monde exempt d'aspect négatif et suis heureuse de m'y intégrer pour participer à sa mission.

Je réalise alors que j'ai atteint un niveau de vie supérieur aucunement comparable à celui de la vie terrestre. C’est un état merveilleux, impossible à décrire. Dans une forme de dialogue télépathique, je suis invitée à franchir un palier d’évolution encore plus élevé. Je ne sais pas ce qui m’attend mais n'ai aucune crainte et m'y abandonne en toute confiance, certaine que ça ne peut qu’être meilleur.

Au moment où ce mouvement va m’emporter plus loin, il m’est communiqué que je peux encore respirer. Cette possibilité m'est soumise mais la décision me revient; je sens que je ne dois pas refuser, ce qui équivaudrait à mettre fin à mes jours alors qu’il me reste peut-être encore quelque chose à faire sur terre. Déçue mais résignée, je réagis à cette inspiration en communiquant à mon tour: "Si je peux encore respirer, je dois le faire."

Dès ce moment, la béatitude s’estompe; j'ai conscience d'une première respiration, puis d'une deuxième suivie d'une secousse et j’entends: "Où êtes-vous?" Sachant qu’il est important de signaler ma reprise de conscience, je m’empresse de répondre: "À l’hôpital…"

Par la suite, sans trouver les mots qu'il faut pour être bien comprise, je tente de raconter à une infirmière ce qui s'est passé; elle a la gentillesse de m'écouter et semble me croire. Le jour de mon départ, j'en glisse quelques mots au médecin qui semble mal à l'aise alors je n'insiste pas. Dans ma famille, les plus ouverts s'y intéressent; avec les autres, j'attends l'occasion propice pour en reparler (un deuil, une maladie). Quant aux amis, ils semblent me trouver trop imaginative et préfèrent croire la science qui refuse cette réalité.


Intégration

Parfois au cours de l’existence survient un événement qui nous bouleverse profondément et transforme notre vie. Il y a cinq ans cette expérience de mort imminente m'a fait don de la connaissance, de la confiance et de la sérénité.

Depuis, je vois la vie de plus haut et je chemine dans mon quotidien selon une nouvelle façon d'être, de ressentir et d'agir, en essayant d'être une meilleure personne dans tous les aspects de ma vie.

Mais souvent je me sens seule sur ma montagne...

Monique Jacques, Québec